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Le chemin le plus long
Molière a écrit: "Le chemin est long du projet à la chose."
Pourtant, de nos jours, force est de constater que la plupart des gens privilégient les chemins les plus courts, les raccourcis. Adeptes du résultat immédiat, du quantitatif plutôt que du qualitatif voire même jusqu'à l'expéditif, ces gens se privent de la reflexion nécessaire face aux problèmes non triviaux.
Les nombreux exemples vont du débat politique où, pour éviter de se confronter aux arguments d'autrui, de les écouter, les analyser puis éventuellement les nuancer, les contredire ou bien les accepter, on finit par un jugement expéditif, une réduction ad Hitlerum ou ad hominem. Jusqu'à l'exercice de mathématique où, faute de théorème menant à une solution immédiate, de questions intermédiaires balisant le chemin vers la réponse, on répond que l'on a rien compris, qu'on est nul en math pour parfois terminer par: "de toute façon, les math ça ne sert à rien". J'ai aussi déjà entendu: "je m'en fout, j'ai un logiciel qui me donnera la solution".
Je pense que cette impatience, ces raccourcis, sont l'un des maux les plus profond de notre société. À l'école, on apprend "problème = solution" et on oublie que c'est le chemin entre les deux qui nous donne de l'expérience et nous fait grandir. On nous donne une recette miracle à appliquer pour chaque problème. Mais cela ne fonctionne que pour les problèmes les plus triviaux. On a donc des élèves qui, sortant de l'école, se trouvent démunis au premier écueil, à la première difficulté rencontrée, aux problèmes concrets qu'il rencontreront au cours de leur vie. Ainsi, on se retrouve également trop souvent avec des responsables qui, malgré leurs diplômes "Bac+X", sont incapables de faire preuve de recul, d'imagination ou de créativité face à des situations qu'ils n'ont pas trouvées dans leurs manuels scolaires. Sauf à trouver une recette miracle inadaptée qui leur permettra juste de cacher la poussière sous le tapis afin que leur imposture ne soit pas révélée.
En ce qui concerne les mathématiques, le grand mathématicien Alain Connes a écrit:
Quand on effectue un long calcul algébrique, la durée nécessaire est souvent très propice à l’élaboration dans le cerveau de la représentation mentale des concepts utilisés. C’est pourquoi l’ordinateur, qui donne le résultat d’un tel calcul en supprimant la durée, n’est pas nécessairement un progrès. On croit gagner du temps, mais le résultat brut d’un calcul sans la représentation mentale de sa signification n’est pas un progrès.
La représentation mentale permet de structurer les éléments logiques qui permettent de cheminer du problème jusqu'à la solution. C'est également cette structuration qui permettra d'argumenter sa solution pour la défendre auprès d'une assemblée, pour construire un cours ou pour élaborer une théorie plus générale.
L'élaboration d'une représentation mentale est la démarche opposée à celle qui consiste à trouver dans quelle "boîte", quelle classe, rentre notre problème pour y trouver la recette qui mène à sa solution. Dés lors que notre problème ne rentre dans aucune boîte, ce qui arrive très souvent dans la vraie vie, nous n'avons pas de solution et sommes incapable d'imaginer une voie qui nous y mènerait.
Le hic dans notre société de gens pressés, c'est que l'élaboration d'une représentation mentale est un processus long, parfois même très long. C'est ça qui s'appelle l'apprentissage, pas d'apprendre par cœur des réponses toutes faites.
L'allégorie du géographe
Les connaissances dans un domaine particulier peuvent se voir comme la connaissance des lieux d'une contrée. Pensez aux lieux que vous connaissez sur la Terre: ceux que vous connaissez pour vous y être promené, ceux sur lesquel vous avez lu des articles ou vous avez vu des photos, ceux dont on vous a simplement parlé mais aussi ceux dont beaucoup parlent sans que jamais personne n'y soit allé (typiquement les fosses sous-marines, la jungle amazonienne profonde ou bien certaines zones en himalaya).
Les magazines de vulgarisation sont un peu comme des guides touristiques où l'on vous parle vaguement des grandes villes, des monuments célèbres et des circuits touristiques balisés que vous pouvez suivre. Connaissez-vous bien une contrée en ayant suivi un tel guide, en n'ayant été finalement qu'un touriste ?
Prenez une carte routière d'un pays comme la France. Moyennant l'effort d'établir un itinéraire, prendrez-vous les grands axes, pour gagner du temps d'un site à un autre, ou bien choissirez-vous de passer par les petites routes pour éventuellement vous arrêter dans un lieu intéressant ? Au risque de perdre du temps sur votre planning...
À moins que vous ne preniez votre vélo, votre sac à dos et votre toile de tente pour parcourir, au gré de vos envies, les plus petits chemins à travers les forêts, les champs et les petits villages. Mais alors il vous faudra des semaines pour ne découvrir qu'un département français.
Et je ne parle là que de l'apsect spatial. Pour mieux connaître une contrée donnée vous pourriez gouter ses plats locaux, prélever des echantillons de roches ou de plantes, écouter les chants des oiseaux, etc... Vous pourriez même discuter avec les habitants, apprendre leur histoire et leurs coutumes, découvrir leur religions, croyances ou légendes, ou tout simplement vivre avec eux pendant un moment.
Bref, tout dépend de ce que vous entendez par "bien connaître une région".
L'exemple de la mécanique quantique est probablement l'un des plus parlants. Non seulement parce que son incompréhension est propice à tout un tas d'interprétations fumeuses ouvrant la porte à des thèses au mieux ésotériques au pire complètement débiles, mais aussi parce que de nombreux "geeks", adeptes de sciences et de technologie, après lecture de vulgarisation plus ou moins bien écrite, pour briller dans les soirées et donner l'impression d'avoir compris un domaine réputé difficile, se vantent et véhiculent des absurdités auprés d'auditoires, helas, souvent bien trop naïfs.
La mécanique quantique est typiquement une région de la physique moderne trés attirante pour les touristes. Le bouleversement qu'elle a provoqué sur nos connaissances de l'univers, la profondeur de ses implications, la remise en cause complète des anciens paradigmes de la physique classique et l'extraordinaire précision de ses résultats en font un domaine particulièrement séduisant pour les amateurs (et les professionnels). Cependant, c'est une contrée très inhospitalière et, dès que le touriste quitte les grandes axes, il tombe vite dans une jungle inextricable où des rivières tempétueuses côtoient des falaises infranchissables et où de nombreux territoires sont encore inexplorés ou inaccessibles. Le tout abritant un écosystème foisonnant, d'une richesse inouïe, des plantes aux parfums inconnus parfois vénéneuses parfois comestibles aux animaux, petits ou grands, tous plus dangereux les uns que les autres.
Seuls les explorateurs les plus chevronnés osent pénétrer ces zones. Ils y ont établi quelques pistes praticables à pied pourvu que l'on soit bien chaussé. Les guides touristiques regorgent des récits de leurs expéditions, dans lesquels il relatent les plantes et les animaux qu'ils y ont croisés, les bruits qu'ils y ont entendus et les parfums qu'il y ont humés. Peut-être êtes-vous un lecteur de ces récits ? Celà fait-il de vous un explorateur ? Avez-vous perçu, dans ces récits, la complexité de l'écosystème, la richesse des paysages, les difficultés que ces aventuriers ont dû surmonter ou bien les peurs et les joies qu'ils ont éprouvés ? En tout cas, vous n'aurez aucune idée des parfums qu'ils ont sentis.
Alors je ne suis pas l'un de ces explorateurs non plus, mais j'ai de bonne chaussures de randonnée, j'ai le sac à dos et la trousse de secours, et j'arpente régulièrement les chemins les plus sûrs qu'ils ont établis. Je connais quelques-uns de ces parfums qui circulent près de ces sentiers dont, bien entendu, je ne m'éloigne jamais trop loin.
Je peux vous accompagner le long des pistes que je connais le mieux. C'est l'objet des parties exposés de ce site internet. Mais pour cela, vous devrez abandonner vos guides touristiques, être bien préparé, ne pas avoir peur des sentiers sinueux, ne pas craindre de chuter, ne pas être allergique aux piqûres et faire preuve d'un peu de courage. Et, si vous allez au bout de ce long chemin, peut-être percevrez-vous la beauté inouïe de ces paysages et sentirez-vous leurs parfums enivrants...
Mais il n'y a pas que les maths et la physique
Ce site ne fait pas exception. Son élaboration fut longue et son évolution le sera plus encore. Quant à son achèvement... Il m'a fallut moi-même apprendre bien des choses (je ne suis pas dev. web) et cet apprentissage est loin de faire de moi un spécialiste. Bref, dans un avenir plus ou moins proche, ce site proposera aussi d'autres sujets. Mais ça sera long. Donc patience, et merci de me lire.